Manifeste

 

Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci.

1./ La Déviation est la preuve que ce que nous avons élaboré de manière intuitive et collective depuis trois ans est efficient, réel, tangible, pourtant à l’origine, utopique, rêvé et projeté.

2./ Ayant affaire à un mouvement de transformation générale, la question posée n’est pas celle d’une légitimité, mais plutôt celle concrète des moyens. Les réseaux institués concentrant la majorité des financements publics, il nous semble nécessaire de se positionner différemment en “faisant avec” mais surtout “autrement”. Notre choix d'indépendance et d’autonomie s'affirme comme une résistance légitime dans une société où l'art est de plus en plus réduit à une marchandise et un divertissement.

3./ Dans la plupart des institutions, le financement de l’expérimentation est de plus en plus réduit. Considérant les conditions actuelles de la création artistique, nous nous approprions les moyens de production de cette création. Nous organisons et gérons un lieu permettant de réduire le décalage entre le désir de faire et le temps de sa réalisation, où l’on peut envisager de vivre différemment le temps de la recherche, de la non-production. En cultivant cet existant, nous travaillons à prendre soin de ces idées qui s’affirment et se développent dans une temporalité propre.

4./ La Déviation est un lieu pluridisciplinaire, où l'on expérimente des formes d’échanges, de critiques réciproques, où les compétences circulent. Nous décloisonnons les frontières des arts, nous redéfinissons en permanence les esthétiques et mettons à l’œuvre l’interdisciplinarité dans toutes les étapes de création.

5./ La Déviation est un lieu de vie, de convivialité et d’hospitalité. Il s'agit de tisser des alliances entre les résidents et les habitants marseillais ou de la région, et aussi plus largement au niveau national et international. Nous sommes aux aguets du territoire que l’on habite et nous rendons poreux les liens entre lieu de vie et de fabrique artistique.

6./ Dans le contexte d’un foncier assez rare et cher, la Déviation propose l'accessibilité à ses activités (résidences, ateliers, repas...) et la mutualisation de ses espaces selon la politique du prix libre, afin de soutenir le développement de projets artistiques et associatifs à Marseille.

7./ Nous fonctionnons selon des modes d’organisation collégiaux : gouvernance horizontale et responsabilité partagée. Nous travaillons à construire des formes de vie et de partage, des manières de se rapporter à ce qui se cherche, s’invente, se dévie, se tente. L’autogestion du lieu implique qu’il est de la responsabilité des usagers de participer à la vie du lieu, à l’entretien et l’aménagement du bâtiment ainsi qu’à l’accueil des artistes et des visiteurs.

8./Tout lieu porte l’empreinte de gestes attentifs et soignés, de l’espoir d’un espace qui pourrait bien faire advenir le monde autrement. En ces temps où rien n'échappe plus à la loi de la privatisation, nous essayons de libérer et de collectiviser pour agir. Nous voulons acheter le bâtiment de la Déviation avec une association qui s’appelle Parpaing Libre. Le statut de cette association, fédérée au niveau national, permet de rendre impossible toute revente ultérieure. Le lieu est définitivement sorti du marché et de la spéculation.

9. / La Déviation interroge ainsi l'idée du rapport à la propriété. Nous faisons le choix du principe de propriété d'usage, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de propriété privée car nous considérons que les biens doivent appartenir à ceux qui les utilisent. Le lieu appartiendra toujours à ceux qui en font l'usage.

Soutenir cette aventure, c'est militer avec nous pour que cette utopie se réalise. C’est faire acte d’appropriation et d’amitié politique envers l’idée d’un commun, dans la marge et l’alternative. L’évidence et la preuve qu’on peut faire autrement puisqu’on fait autrement.